Pionniers dechus

Il est bien loin le temps des pionniers de l’aviation, de ceux qui devaient se battre pour traverser océans, déserts et chaînes montagneuses.
Chaque nouvelle génération d’appareils enterre plus profondément cette époque. En 70 ans, l’industrie aéronautique s’est formidablement fiabilisée et a réussi a transformer l’avion en un espace confiné, clairement hors du temps météorologique et chronologique.

Finie l’époque de l’Aeropostale où l’on slalomait entre les crêtes des Andes cherchant la sortie, où l’on volait à 20 mètres au dessus d’une mer sous le mauvais temps et où régulièrement une avarie conduisait un pilote à se poser sur une surface peu amicale.

Aujourd’hui, assis dans un A380 tout neuf, j’entends à peine la mise en puissance des 4 monstrueux réacteurs, puis la traversée du monde en 24 heures ne me pose pas d’autre problème majeur que le choix des films que je vais visionner.

Dans cette évolution le pilote a perdu une partie de son aura d’aventurier. Il n’est plus le même, il observe avec plus de recul. Mais son siège reste situe dans le plus magnifique des open spaces jamais conçus !

Paradoxe reciproque

Ciel de CirrusEn l’air, la plus belle chose se présentant à mes yeux est la Terre, ce sol duquel on est si heureux de s’envoler depuis à peu près un siècle. Je ne la quitte presque pas du regard, et d’ailleurs pour le vol à vue c’est plutôt mieux.

A tous les autres instants, je me trouve sur la surface terrestre et je n’ai d’yeux que pour le ciel, ses créations nuageuses, son parfait bleu et ses avions.

A regarder en permanence vers le sol quand je suis dans le ciel et vers le ciel quand je suis au sol, je me dis que l’insatisfaction est profondément ancrée en mon être.

Mais au moins, j’ai de quoi m’occuper pour pas mal de temps !

 

La théorie du Fromage Suisse

Swiss cheese model« La probabilité d’un crash aérien est équivalente à la probabilité qu’on puisse tirer un trait bien droit qui traverse tous les trous d’un gruyère coupé en tranches ». Cette phrase extraite du film Ma Vie en l’Air (avec Vincent Elbaz et Marion Cotillard) résume parfaitement la théorie des plaques de James T. Reason, appelée Swiss Cheese model.

Selon cette conceptualisation, chaque plaque est à la base un rempart empêchant un accident de survenir. A priori, ces plaques sont conçues pour ne jamais être traversées. Cependant, il existe pour chacune une probabilité très faible de passer outre, et ainsi subsiste une infime probabilité de toutes les traverser en même temps. Cette occurrence, tellement rarissime qu’on la juge impossible, c’est un accident.
Cette méthode d’analyse permet de bien rappeler qu’un accident est la conséquence de causes multiples, chacune étant absolument exceptionnelle. Tenter d’expliquer la disparition d’un appareil avec des renseignements très limités ne semble ainsi pas possible. C’est malheureusement ce à quoi se sont récemment essayés les médias, répandant un lot de suppositions infondées et d’erreurs en tout genre.
La disparition d’un avion et de ses occupants est tragique. Mais le transport aérien reste avant tout d’une fiabilité remarquable. Car à chaque fois qu’une de ces plaques est traversée, une analyse minutieuse est réalisée afin d’en comprendre les causes et de ne plus rencontrer cette situation.

Crise et évolution

Corsair F4U à la Ferté AlaisL‘homme a une tendance marquée à évoluer beaucoup plus rapidement en période de crise. Durant la seconde guerre mondiale, l’industrie aéronautique a ainsi réalisé un gigantesque bon en avant.

Au cours de ces années hostiles, des avancées techniques fulgurantes furent effectuées, et ce qui fut utilisé pour tuer évolua ensuite pour trouver des applications fort intéressantes dans nos vies modernes. Le réacteur notamment, équipant la quasi-totalité de nos avions de lignes, trouva ses racines autour de quelques avions conçus vers la fin du conflit de 39-45.

Cette photographie montre l’une des merveilles techniques de cette période, le Corsair. Il fut un chasseur redoutable, doté d’un moteur à pistons de 2000cv et d’une voilure atypique en « ailes de mouettes inversées ».

Comme d’autres secteurs, le transport aérien a largement bénéficié des investissements massifs réalisés à l’époque pour le développement de nos machines volantes. Presque 70 ans plus tard, les avions ont été largement modernisés mais les concepts de base restent les mêmes.

Espérons que la prochaine révolution technologique pour l’aéronautique ne trouve pas sa source dans un conflit.

Celui qui transforma le transport aerien

Douglas DC3 F-AZTE a la Ferte AlaisDans l’histoire de l’aviation, certaines machines volantes ont contribué plus que d’autres au développement du transport aérien.

Le DC3, lui, a littéralement transformé cette activité. Pour cause, son autonomie record a offert aux transporteurs aériens un atout essentiel dans notre monde capitaliste : la rentabilité.
Et oui, malgré leurs pertes régulières, les compagnies aériennes tentent de gagner un peu plus qu’elles ne dépensent, histoire de survivre.

Cet appareil fut notamment un allié précieux d’Air France, et celui présenté ici est le magnifique exemplaire toujours volant de l’association France DC3. Aux couleurs historiques de KLM sur son flanc gauche et d’Air France sur son côté droit, il est régulièrement présenté en démonstration lors de meetings aériens comme celui de l’Amicale Jean-Baptiste Salis à la Ferté Alais.

Preuve de sa suprématie, plusieurs DC3 sont encore aujourd’hui utilisés commercialement. Le premier vol de cette machine remontant à 1935, c’est une carrière plutôt remarquable pour une machine du XXè siècle.

Merci l’avion ! C’est un peu grâce à toi que tant de pilotes de ligne ont un métier aujourd’hui.

"C’est bien comme métier ?"

Il y a quelques jours, participant à une rencontre avec des collégiens pour parler de leur avenir, un élève de 6è âgé de 11 ans seulement vient me voir pour se renseigner. A peine après nous être présentés, il m’envoie la question fatale : « C’est bien comme métier ? ».
Son interrogation sur la vie de pilote de ligne est si simple et directe qu’elle en est déstabilisante. Esquissant un sourire, je rassemble rapidement toutes les motivations qui m’animent pour ce métier et tente ensuite de les exprimer aussi simplement que la question m’a été adressée. En fait cet exercice joue sur moi le rôle d’une introspection éclair, je me prends au jeu et réalise qu’il y a vraiment beaucoup d’aspects qui m’attirent sur ce métier et que je pourrais en parler pendant pas mal de temps !
Après quelques phrases les plus concises possible, son ressenti est lancé tout en sourire : « ça a l’air bien ! ». Soulagement d’avoir réussi à lui faire passer mon message.
Mon but ne fut pas de le convaincre que pilote de ligne c’est le plus beau métier du monde (c’est tellement évident) mais plutôt de lui montrer que dans un choix de carrière, on peut suivre ses envies et ses passions.

Paris plage

 

Paris Plage normalement c’est l’été que ça se passe. Mais avec un Cessna on peut avancer dans le temps. Nous voilà donc partis pour une balade aérienne vers l’authentique Paris Plage : Le Touquet.

C’est le dernier jour de l’hiver, la fée météo nous veut du bien et une fois au-dessus de la brume, l’ambiance est magique. Le calme absolu, un bleu infiniment pur et des jeux de lumières surréalistes sur la couche juste en-dessous, de quoi souhaiter rester en l’air toute une vie.
Traversée du Vexin, passage à l’est de Rouen, puis arrivée au-dessus des flots repoussés par de majestueuses falaises. La navigation est ensuite plutôt aisée, on garde la terre à droite et la mer à gauche, ce qui nous mène au Touquet.

Une fois intégrés puis posés sur la belle piste en dur juste avant un Dauphin de la Marine Nationale, nous profitons du beau temps pour marcher et s’organiser un picnic maritime. On n’est pas si loin de Paris mais le dépaysement est total.

Clairement, l’avion est un bel instrument de voyage.

Toussus – Le Touquet – Toussus, 2h54.

 

Trimons, pauvres pilotes

Trim/PHR/THS sur Airbus A319L‘être humain tend à développer sa technologie dans un but de simplification des tâches quotidiennes. C’est ainsi que pour transporter des marchandises sans se fatiguer il créa notamment la charrette, utilisant la vitalité de certains animaux plutôt que la sienne. Dans sa plus récente conquête du ciel, l’homme a imaginé un dispositif répondant à la flemmardise des cochers modernes que sont les pilotes: le trim.

Le trim est un ingénieux système agissant de manière à réduire, voire annuler, les efforts musculaires du pilote sur les commandes de vol. Basés sur des principes mécaniques et/ou aérodynamiques, les trims s’occupent de positionner des gouvernes pour maintenir une attitude donnée en annulant le besoin de fournir un effort sur le manche ou les palonniers. Ainsi, le trim peut éventuellement apporter un gain en performances aérodynamiques, mais surtout il rend le pilote plus disponible. Un effort musculaire continu est en effet très consommateur de ressources mentales, fort précieuses dans les phases sensibles comme le départ ou l’arrivée.

Il existe différents principes de fonctionnement, et celui présenté sur la photo est un trim de commande de profondeur d’Airbus A319. Celui-ci agit en fait sur l’ensemble du stabilisateur horizontal en le faisant pivoter autour de son axe transversal. L’image permet de comprendre les mouvements possibles de ce Plan Horizontal Réglable (le PHR, ou THS en anglais pour Trimmable Horizontal Stabilizer). Les graduations nous font d’ailleurs remarquer que le PHR est principalement utilisé pour maintenir des assiettes à cabrer, c’est à dire des situations où l’avion a le nez vers le haut.

Merci les trims pour le confort que vous nous apportez.

Retour en l’air

 

Voici maintenant plus d’un an que je suis en possession de mon cher brevet de pilote privé, et cela faisait plus de trois mois que je n’avais pas défié l’attraction terrestre à bord d’un Cessna.

Deux excellentes raisons m’imposant donc de reprendre les commandes en compagnie d’un instructeur, me voilà de retour au statut d’élève avec quelqu’un sur ma droite pour vérifier mes compétences avant de repartir pour quelques mois d’aventures en plein ciel.

La reprise me demande d’abord beaucoup de concentration pour retrouver mes méthodes et me sentir de nouveau à l’aise dans cet étroit cockpit. Après quelques dizaines de minutes de tours de pistes, déroutements, encadrements (entrainement à l’atterrissage sur un terrain sans utiliser le moteur) et virages à forte inclinaison, retour à Toussus. Signature de l’instructeur, merci, c’est reparti !

L’avion est encore un peu disponible, je vais donc m’offrir un saut de puce sans instructeur histoire d’inscrire quelques minutes symboliques dans la colonne « commandant de bord » du carnet de vols. Du coup je suis passé à l’improviste au-dessus de la belle maison de mon copain Tomtom, pour déranger un peu ses voisins mais surtout histoire de dire bonjour.
Il se trouve qu’il sortait juste à ce moment là de son palace, et me voici donc à tourner au-dessus de lui pendant qu’il me fait de grands signes.

Le hasard que je fuis tant en avion sait nous réserver quelques agréables surprises !

Le principe du bureau mobile

Vue du bureau mobileHabituellement on qualifie de bureau une pièce fixe dans l’espace, si possible dotée d’une fenêtre à travers laquelle nos pensées sont amenées à s’égarer.

Lors de mon premier stage d’étudiant ingénieur chez Air France, ma fenêtre donnait directement sur un taxiway (passage où les appareils roulent au sol, suivant une ligne centrale jaune) très emprunté de la plateforme de Roissy Charles-de-Gaulle. Les possibilités d’égarement étaient nombreuses et très régulières, ce qui a franchement égayé ces quelques mois de bureau.

Aujourd’hui la tendance est enfin inversée, et devrait le rester pour un moment. Me voilà en effet dans un bureau paradoxal ! Celui-ci est également équipé d’une fenêtre à égarements, mais derrière cet orifice lumineux c’est le monde qui défile. J’ai donc quitté la fixité du bureau classique pour rejoindre la mobilité permanente du navigant.

C’est superbe ce qui passe derrière cette fenêtre ! Et dire que dans le cockpit la vue panoramique est encore plus belle …